La nouvelle vague

Submit to FacebookSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn

Comment attirer une nouvelle vague de propriétaires de superyachts ? Alors que tous les regards sont tournés vers les UHNWI émergents, l’industrie du yachting s’implique et s’applique activement à identifier les besoins de la génération Y dans l’espoir qu’elle se jette à l’eau, comme la génération précédente.

Une étude menée par l’Université Internationale de Monaco (IUM) en association au chantier italien Rossinavi identifie les goûts de la génération émergente des milléniaux sur le marché spécifique du yachting.

La technologie, l’innovation et l’environnement sont quelques-unes des priorités qui ressortent de l’étude, laquelle s’appuie sur une série de concepts de superyachts spécifiquement destinés aux jeunes propriétaires. Les jeunes propriétaires préfèrent logiquement l'aventure et le sport à l'acajou et aux cigares. Pour eux, le confort matériel du luxe est moins important qu’avoir quelque chose de nouveau et de surprenant.

Pour ces jeunes « self-made » entrepreneurs, la grande plaisance d’abord un loisir occasionnel avant d’être une passion sur la longue durée ; le yacht faisant uniquement partie d’un mode de vie toujours en mouvement : il n’est pas une fin en soi, mais plutôt une sorte de pied-à-terre flottant pour assister à des événements comme le Grand Prix de Monaco ou le Festival de Cannes.

Ces milléniaux ne sont pas intéressés par les cabines volumineuses à bord, ils préfèrent pratiquer des sports nautiques ou profiter des espaces extérieurs pour recevoir beaucoup d’amis. Ils passeraient un week-end à bord en Sardaigne, retourneraient au travail et rejoindraient un autre yacht le week-end suivant à Ibiza. C'est un concept différent d’un séjour à bord traditionnel de deux semaines en été.

En privilégiant les aménagements en plein air, les sports nautiques, la salle de sport et les spas, les salles à manger classiques et les salons seront encore moins nécessaires dans le futur. Ce nouveau mode de vie à bord pousse ainsi les architectes navals à reconsidérer la façon habituelle dont sont dessinés les yachts.

Mais concevoir des yachts spécifiquement selon les critères d’une seule catégorie de clients comporte des risques. Définir ce qui distingue une génération d'une autre n'est pas une science exacte et il est peu probable que réunir toute la génération Y en un seul groupe homogène permette de proposer des solutions adaptées à tous.

Parmi les généralités identifiées, les milléniaux valorisent davantage les expériences de vie à la possession matérielle. Ils voudront toujours utiliser des superyachts, mais seront moins intéressés pour en posséder un. Ils peuvent même considérer la propriété comme une restriction.

Nous allons voir un moment où l’idée traditionnelle de la propriété du yacht commencera à suivre le même chemin que les services de covoiturage : plus pratique qu'un taxi traditionnel et une véritable alternative à la possession d’une voiture. Il y a des défis énormes à venir, mais aussi d'énormes opportunités pour les entreprises qui trouvent le juste équilibre sur un marché en évolution.

La multipropriété n'est pas un concept nouveau, mais n'a connu qu'un succès limité dans le yachting. Selon l’étude, les milléniaux feront les choses différemment et le produit devra être de facto reconditionné ; pour autant, les yachts ne changeront pas fondamentalement et le concept de propriété ne disparaîtra pas de sitôt. Cette génération voudra quand même être posséder son propre produit, comme le reste d’entre nous. Les choses changent, mais la nature humaine reste la même.

Le reconditionnement du produit implique également la manière dont le secteur communique et interagit avec le marché émergent. Dans le passé, les propriétaires rencontraient généralement les designers ou les chantiers navals pendant les salons nautiques ou aux agences de courtage maritime. Aujourd'hui, le premier contact semble se faire plus souvent directement via les médias sociaux. Une forme de communication beaucoup plus immédiate et personnelle. Voir leurs photos sur Facebook permet de mieux identifier leurs intérêts et leurs goûts, ce qui facilite et accélère la compréhension de leurs besoins ou préférences.

Les applications de médias sociaux et de messagerie affectent également la relation entre les courtiers de yachts et les propriétaires. Un courtier - vlogger actif - témoigne d’ailleurs que la plupart de ses affaires, en particulier chez les jeunes clients, proviennent de sa chaîne YouTube. De plus en plus de clients le contactent par messagerie directe sur Facebook ou avec Whatsapp et attendent une réponse immédiate.

L’âge moyen des propriétaires de superyachts diminue, mais l’impact des milléniaux sur la baisse de la moyenne d’âge reste à prouver. Si la recherche est encore en cours, les propriétaires self-made men de moins de 40 ans ne représentent qu'une infime partie du total. Ce qui semble somme toute logique puisqu’ils sont toujours occupés avec leurs affaires et avoir un superyacht n'est pas encore une priorité.

Ils continuent de louer des yachts mais l’industrie doit savoir très clairement ce qu’il en coûte pour faire fonctionner un palace flottant. Dans certains cas, l’achat d’un grand yacht à un coût relativement bas peut induire des coûts de fonctionnement et de maintenance sur une période de cinq ans qui peuvent être beaucoup plus élevés que le prix d’achat initial.

En restant fort et continuant de s’accroître, le marché de la location confirme en définitive la tendance de futurs clients qui privilégient les expériences de séjours à bord d’un yacht et font le tour du marché avant peut-être d’acheter leur propre yacht.

 

(Publication extraite de l’article « The New Wave » écrit par Justin Ratcliffe pour l’édition 2018 du Summer Magazine du MYS).

Droits photographiques © Jeff Brown - avec l'aimable autorisation de Heesen Yachts